L'écologie au service de la santé et du sommeil - Rencontre avec Olivier Blond

Sommeil / Société

Sommeil Santé rencontre aujourd’hui Olivier Blond, journaliste et essayiste militant en faveur de l’écologie, à l’occasion de la sortie de son livre Pour en finir avec l’écologie punitive. Il y évoque notamment les effets de la pollution, véritable fléau de santé publique favorisant les maladies respiratoires chez l’enfant et l’adulte.

Olivier BlodAprès avoir occupé des postes de cadres dans diverses ONG, Olivier Blond est désormais le Président de l’association RESPIRE, l’association Nationale pour la Prévention et l’Amélioration de la Qualité de l’Air. Venu des sciences, cet écologiste convaincu a abandonné sa thèse de neurobiologie pour embrasser la carrière de journaliste scientifique.

Olivier Blond est également l’auteur de Pour en finir avec l’écologie punitive (éd. Grasset, 2018), « un manifeste pour une écologie joyeuse, fondée sur la justice et l’innovation », préfacé par Yann Arthus-Bertrand.

Il en parle aujourd’hui avec le Docteur Madiha Ellaffi, pneumologue et allergologue spécialisée en maladies du sommeil de l’adulte et de l’enfant.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?

Tout le monde est conscient que la pollution de l’air est un fléau, mais dès que l’on propose d’agir contre celle provoquée par la voiture, on se trouve accusé d’« écologie punitive ». J’ai souhaité faire comprendre au grand public ces accusations, y répondre, et interroger sur la mise en place de mesures équitables et efficaces.

 

Alors que L’OMS tire la sonnette d’alarme, vous rappelez que l’Agence Européenne de l’environnement indique qu’environ 500 000 personnes sont tuées chaque année par la pollution de l’air, en Europe, soit 48 000 en France. Avez-vous l’impression que les professionnels de santé sont assez conscients de l’impact de la pollution sur la santé de leurs patients ?

J’ai l’impression qu’une grande partie du monde médical n’y est pas encore sensibilisée...

J’ai pourtant rencontré des personnalités remarquables qui réalisent des efforts extraordinaires afin de faire connaître ce problème de santé publique et en convaincre leurs collègues, et de nombreux témoignages de patients sont désormais publiés.

 

Malgré tout, il y a encore des professionnels de santé qui ne font pas le lien entre les pathologies décrites, comme les crises d’asthme aiguës des enfants en région parisienne, et la pollution.

Le Ministère de la Santé ne s’empare pas assez de cette question de la santé environnementale, comme il peut le faire pour réaliser des campagnes de prévention contre les fléaux du tabagisme ou de l’alcoolisme... Pourtant, les publications scientifiques concernant l’impact négatif de la pollution de l’air ne manquent pas.

 

Concrètement, quels sont les effets néfastes de la pollution sur le sommeil ?

Conséquence la plus évidente : la pollution de l’air favorise les allergies et l’inflammation des voies aérienne supérieure et augmentent donc les troubles respiratoires nocturnes. Et les enfants en sont les premières victimes, comme vous pouvez le constater, avec le développement de syndromes d’apnées du sommeil.

Mais il ne faut pas non plus oublier la pollution sonore et visuelle. Les lumières et les bruits de la ville, très souvent liés à la circulation, peuvent aussi perturber le sommeil.

 

Les professionnels de santé sensibilisés à la question vous semblent-ils assez mobilisés ?

En effet, des personnalités du monde médical se mobilisent mais cela reste malheureusement insuffisant face à cet enjeu de santé publique, qui est un problème plus global et concerne la population en général, dans de nombreux domaines.

Alors même qu’un rapport sénatorial chiffre le coût global des dégâts liés à la pollution (dépenses de santé, frais de nettoyage des bâtiments et autres coûts cumulés…) à 100 Milliards d’euros par an !

 

Ressentez-vous tout de même une prise de conscience générale ?

L’information étant plus accessible, la population prend conscience des enjeux écologiques de la planète et il existe de vrais progrès, alors qu’il y a 20 ans, cela paraissait ne concerner que les écologistes, alors perçus comme des « farfelus babas cools » !

En revanche, cela n’a pas encore entraîné de vraies modifications des comportements. Pour obtenir ces changements et que chacun accepte de faire des efforts, il faut que tout le monde soit sollicité. Sans exception.

 

Votre livre regorge de conseils et de solutions efficaces pouvant être appliqués dès maintenant. Pouvez-vous nous en donner un exemple ?

L’un des objectifs du livre est justement d’expliquer que les solutions existent et qu’elles peuvent avoir un impact positif sur la pollution de l’air, la santé et la qualité de vie de tous. Un exemple concret ? Favoriser le télétravail induit moins de déplacements domicile-travail, et diminue donc les émissions de polluants ainsi que le stress, la fatigue et la perte de temps liés aux transports. Tout le monde est gagnant !

 

Nous nous sommes rencontrés lors du Respirhacktion, premier hackathon dédié aux maladies respiratoires. Pouvez-vous présenter l’application que vous avez proposée à cette occasion ? 

Notre application permettra à chacun signaler les troubles liés à la pollution de l’air. D’abord pour mieux connaitre et suivre ses données personnelles, mais aussi pour dresser une carte interactive et subjective de la pollution et permettre d’alerter les pouvoirs publics. C’est en quelque sorte le « waze » de la pollution de l’air ! Elle sera normalement disponible gratuitement dès le mois de septembre.

 

Un grand merci Olivier de vous être prêté à cet interview. Je conseille vivement la lecture de votre livre, à la fois didactique, documenté, accessible et positif !

 

Propos recueillis par le Dr Madiha Ellafi pour Sommeil Santé.

Docteur Madiha Ellaffi

Le Docteur Madiha ELLAFFI est spécialiste en pneumologie et allergologie, et formée à la prise en charge des maladies du sommeil de l'adulte et de l'enfant. 

Ancien Praticien hospitalier au CHU de Caen, elle a dirigé le centre de ressource et compétence en mucoviscidose, et a été référente du centre de référence des maladies neuromusculaires. Elle est membre du comité scientifique des JPRS.